Au-delà du modèle finlandais : les 4 prises de conscience qui changent tout !
Quand on évoque la Finlande, on imagine aussitôt un système éducatif idyllique, un modèle d'excellence que le monde entier rêve de copier. C'est avec cette image en tête qu'un groupe d'enseignants belges s'est envolé pour un voyage d'étude, espérant revenir avec un mode d'emploi de la réussite. Pourtant, les leçons qu'ils en ont rapportées sont bien plus surprenantes et nuancées qu'une simple recette à appliquer. Loin d'un catalogue de bonnes pratiques, leur expérience s'est transformée en un puissant miroir de leurs propres réalités. Voici les 5 prises de conscience les plus inattendues de leur voyage.
Le Choc des réalités
L'enthousiasme initial des participants était palpable. Animés par une volonté forte de transposer les pratiques finlandaises, ils souhaitaient renforcer des valeurs clés au sein de leurs établissements : la bienveillance, le bien-être et la collaboration. Cet élan s'est cependant rapidement confronté aux freins majeurs de leur propre système: pas les mêmes infrastructures ni les mêmes moyens à disposition, pénurie d'enseignants et certaines résistances face au changement (une culture scolaire parfois ancrée dans la transmission purement disciplinaire et la peur de "laisser passer" des élèves sans acquis solides freinent l'innovation).
La première et peut-être la plus fondamentale leçon ne fut donc pas d'ordre méthodologique, mais épistémologique : le groupe a compris que la question n'était pas "comment copier la Finlande ?" mais "qu'est-ce que la Finlande nous apprend sur nous-mêmes ?".
L'éloge de l'observation
Le plan de départ prévoyait que certains de nos enseignants mènent des missions d'enseignement directes dans les classes finlandaises. Une ambition louable, mais qui a été complètement revue en cours de route. Face à l'appréhension d'intervenir dans un contexte scolaire, culturel et relationnel inconnu, et compte tenu du temps de séjour trop court pour garantir une intervention de qualité, le projet a pivoté.
Cette contrainte a été transformée en une véritable force. Le projet a été recentré sur "l’observation, l’analyse réflexive et les échanges professionnels". Plutôt que d'agir, les participants ont pris le temps de regarder, d'écouter et de comprendre en profondeur. Cette réorientation forcée a révélé une vérité pédagogique profonde : une observation active et structurée peut générer des apprentissages plus durables et contextualisés qu'une action précipitée et superficielle.
Au-delà de la pédagogie : les vrais freins sont les murs et les mentalités
Plus qu'une simple inspiration pédagogique, le voyage a agi comme un véritable scanner de notre système scolaire. Il a révélé que les plus grands défis pour implémenter des réformes ambitieuses, comme le Tronc Commun, ne sont pas liés à un manque d'idées, mais aux mêmes obstacles qui freinent déjà cette réforme majeure :
• La complexité organisationnelle inhérente à la gestion de deux systèmes en parallèle (ancienne et nouvelle structure).
• Le poids des contraintes institutionnelles qui limitent les marges de manœuvre et d'innovation.
• Un contexte sociétal belge décrit actuellement comme peu propice à la sérénité, marqué par la pression sur les résultats et une certaine "défiance" envers l'école.
L'expérience finlandaise a donc servi de diagnostic urgent pour un enjeu national : un changement durable ne dépend pas seulement d'une réforme du curriculum. Il exige une évolution de la culture scolaire dans son ensemble, soutenue par un engagement institutionnel fort et une société qui valorise son système éducatif.
La force du collectif
Face aux freins culturels et institutionnels décrits précédemment, qui dépassent l'action d'un seul individu, le groupe a conclu que la collaboration n'est pas une option, mais la seule stratégie viable. L'expérience a soudé les participants et a fait émerger une conviction : le changement ne pourra être que collectif.
Pour maintenir cette dynamique, des actions concrètes sont déjà envisagées :
• Le partage systématique de l'expérience avec les collègues restés en Belgique.
• La création de groupes de travail thématiques pour mutualiser les idées.
• La mise en place d'une collaboration inter-écoles pour expérimenter de nouvelles pratiques.
La cohésion vécue durant le voyage est désormais perçue comme un "levier pour se soutenir mutuellement dans les démarches post-mobilité". Si un individu isolé peut se décourager face aux résistances, la force d'un groupe uni et solidaire peut transformer les obstacles en opportunités.
En conclusion, ce voyage en Finlande a offert des leçons bien plus profondes que la simple découverte de la "méthode finlandaise". Il a surtout enseigné comment initier et mener le changement chez soi, en s'appuyant sur les forces locales. Les prises de conscience autour de l'adaptation réaliste, de la puissance du collectif et de l'importance d'une vision à long terme sont les véritables trésors rapportés de ce périple. Finalement, et si la plus grande innovation pédagogique n'était pas d'importer un modèle, mais d'apprendre à construire, ensemble et patiemment, le nôtre ?